La campagne « Stop aux clichés sur les jeunes »

 

 

La campagne

La campagne « Stop aux clichés sur les jeunes » a été initiée par l’Anacej lors du 7ème Congrès national des conseils d’enfants et de jeunes fin 2006 ; elle a ensuite été rejointe  par Jets d’encre, le Réseau national des Juniors Associations et Animafac.

Son but : changer le regard porté sur les jeunes en luttant contre les clichés relayés par les médias sur la jeunesse, et ouvrir le dialogue avec des journalistes.

Aujourd’hui, la campagne s’organise autour de trois actions phares :

. Un appel à projets en direction de tous les groupes de jeunes intéressés pour que soient organisés des manifestations, des débats, des happenings autour du thème de l’image des jeunes dans les médias.

. Pour que chacun puisse donner son opinion sur ce thème, l’opération « Trombinoclichés », organisée à l’occasion de divers rassemblements.

. Le prix « Stop aux clichés », qui s’adresse aux journalistes, invités à présenter un de leurs sujets ou articles traitant d’une problématique jeunesse en France. Un jury composé de jeunes de moins de 25 ans, engagés dans les trois associations animatrices de la campagne ainsi que dans d’autres dispositifs de participation des jeunes à la vie publique, analyse ces productions et décerne un prix par catégorie (presse audiovisuelle, radio, presse écrite, presse en ligne) aux réalisations qui font l’effort de dépasser les clichés sur les jeunes et qui leur donnent la parole. La remise des prix a lieu depuis 2010 dans le cadre des Assises internationales du journalisme.

> Actualité de la campagne, exemples d’actions et ressources sur www.stopauxcliches.fr.
> Prix « Stop aux clichés » : télécharger l’appel à participation et consulter le palmarès (depuis 2007)
> Télécharger l’affiche de la campagne

 

« Stop aux clichés » : pour renouer le dialogue entre jeunes et médias

Questionner la place des jeunes dans les médias n’est pas chose nouvelle. Force est néanmoins de constater que si la majorité des journalistes ont longtemps été réfractaires au débat sur le sujet – considérant notamment que toutes les catégories de la population se plaignent de leur image – la situation aurait tendance à évoluer depuis quelques années.  Cette évolution s’explique partiellement par l’intérêt nouveau porté par la profession aux jeunes, censés assurer le renouvellement du lectorat de la presse traditionnelle mais qui s’en détourne, aggravant la crise économique qu’elle traverse. Au-delà, il y a aussi les interrogations éthiques des journalistes, dont la responsabilité est parfois pointée du doigt dans un contexte social qui s’est tendu.

Le chemin est encore long car les clichés sont tenaces. Selon Olivier Galland, sociologue et directeur de recherche au CNRS, « la société française considère les jeunes selon deux images : des êtres fragiles et des êtres révoltés. Depuis le XIXe siècle, on considère la jeunesse comme une catégorie “à protéger”, incapable de se prendre en main, ayant besoin d’être encadrée par des adultes. On juge aussi les jeunes portés à la “rébellion”. Cette image est liée à leur présence dans des manifestations et à la période de l’adolescence supposée “en crise”. Ces deux images ont favorisé la mise à l’écart des jeunes de la société. Dans ce cadre, les médias ne sont pas forcément les seuls responsables de la mauvaise image des jeunes. Ils reflètent l’état de la société. Mais ils ont un effet d’amplification et de répétition. On a le sentiment que les médias en rajoutent sur le côté sombre des jeunes. À aucun moment, ils ne mettent en avant le dynamisme ou l’imagination des jeunes. Ne pourraient-ils pas s’interroger sur la distance critique qu’ils pourraient adopter sur la société ? »

 

Témoignages de journalistes

Pour Célia Quilleret, journaliste à France Info et marraine de la première édition du Prix, la campagne « Stop aux clichés » est une opération gagnant-gagnant dans laquelle chacun a quelque chose à apprendre : « Elle permet aux jeunes d’aiguiser leur regard sur les médias, d’exercer leur esprit critique sur ce qu’ils lisent, regardent ou entendent. Elle permet aussi aux journalistes de se confronter au regard des jeunes, ce qui n’est pas fréquent. »

« Dans nos sociétés, la question de l’image est décisive dans la mesure où elle conditionne l’opinion publique et donc l’attitude des pouvoirs publics. Travailler sur les représentations de la jeunesse dans les médias – la presse, mais aussi la publicité, le cinéma, la musique – me semble absolument nécessaire »,  explique Luc Bronner, journaliste au Monde et lauréat du Prix Stop aux clichés 2008. « Notre tendance naturelle est de s’intéresser en priorité à ce qui ne fonctionne pas, aux “trains qui n’arrivent pas à l’heure”, pour reprendre une expression courante dans notre jargon. C’est particulièrement vrai pour la jeunesse, souvent perçue d’abord comme une nouvelle classe dangereuse avant d’être considérée pour son potentiel. C’est peut-être encore plus sensible pour les “jeunes de banlieue”, pour lesquels est associée l’image des “émeutes”, des “bandes”, des “violences”, du “chômage”. En tant que journaliste, je pense qu’il ne faut surtout pas chercher à nier ces réalités ; mais qu’il faut encore moins résumer les jeunesses à ces clichés. »

Pour Jean-Marie Charon, sociologue des médias et président fondateur des Entretiens de l’information, le dialogue entre jeunes et médias est essentiel pour éviter « le risque de rejet » : « dans une démocratie, on ne peut imaginer que les jeunes restent à l’extérieur du système de l’information ». Tour à tour spectateurs, acteurs, juges, les jeunes qui ont participé à la campagne « Stop aux clichés » depuis l’origine, manifestent donc avec force un « désir d’intervenir », un « désir d’infléchir », gouverné par « une grande exigence morale. Et cela est très positif et incitatif pour les professionnels, qui ne doivent pas s’endormir, être plus vigilants, [qui doivent] les entendre et ne pas être seulement en posture d’explication des événements. » (voir notre entretien avec Patrick La Prairie, ancien chargé de mission « presse à l’école » à la rédaction-en-chef de Ouest-France).

 

La plupart des témoignages rapportés dans cet article sont issus du cahier « Stop aux clichés sur les jeunes » édité par l’Anacej et paru en juin 2009.

 

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