DÉRIVES DE LA LOI “ANTI-CASSEURS” : Un journaliste jeune en garde à vue

Samedi 20 avril, lors du 23ème week-end de manifestation des “Gilets Jaunes”, Ulysse, journaliste jeune, s’apprêtait à réaliser un reportage photo pour son média lorsqu’il a été arrêté à proximité de la gare Saint-Lazare puis placé en garde à vue en raison de son matériel de protection.

Ulysse a ainsi été placé en garde à vue à deux reprises, les samedi 23 mars et 20 avril, pour “rassemblement en vue de commettre des violences ou dégradations” – les peines maximales encourues étant un an d’emprisonnement et 15.000 € d’amende – et ce malgré la présentation systématique de sa carte de presse jeune témoignant de son engagement en tant que journaliste jeune et, par conséquent, de son adhésion aux valeurs de la charte des journalistes jeunes.

Ces interpellations ont été permises par la loi du 10 avril 2019 “visant à renforcer et garantir le maintien de l’ordre public lors des manifestations”, dite “loi anti-casseurs”, qui crée l’article 431-9-1 du code pénal : « Est puni d’un an d’emprisonnement et de 15 000 € d’amende le fait pour une personne, au sein ou aux abords immédiats d’une manifestation sur la voie publique, au cours ou à l’issue de laquelle des troubles à l’ordre public sont commis ou risquent d’être commis, de dissimuler volontairement tout ou partie de son visage sans motif légitime. ». Elle interdit ainsi le port de masques respiratoires que certain·e·s journalistes sont amené·e·s à porter en précaution face aux violences de toutes parts dans certaines manifestations, en particulier dans le cadre du mouvement des “Gilets Jaunes”.

Si les titulaires de la carte de presse professionnelle sont, jusque-là, considéré·e·s par les forces de l’ordre comme “légitimes” d’exercer leur fonction démocratique, les journalistes qui en sont dépourvu·e·s, en particulier les journalistes jeunes, le sont tout autant : la carte de presse n’ayant jamais été une condition nécessaire au statut de journaliste. Nous réclamons le droit pour tous les journalistes, y compris journalistes jeunes, de pouvoir exercer leur mission en toute sécurité, incluant le port d’un matériel de protection pour se prémunir des potentiels dangers qu’ils et elles encourent en contexte de manifestation.

Par ces arrestations de journalistes, comme ce fut le cas d’Ulysse ou de Gaspard Glanz ce week-end, les forces de l’ordre intimident les journalistes, jeunes comme professionnel·le·s, et remettent en question la liberté fondamentale d’expression par une atteinte directe à la liberté de la presse et  au droit d’information.

Jets d’encre a toujours dénoncé, dénonce et dénoncera toujours les entraves à la liberté de la presse jeune. Les dérives de la loi “anti-casseurs” sont une nouvelle attaque à la liberté d’expression des jeunes, aussi l’association Jets d’encre appelle-t-elle à une reconnaissance de la carte de presse jeune pour permettre aux journalistes jeunes de s’engager en toute sécurité.

Nous apportons tout notre soutien à Ulysse ainsi qu’à tou.te.s les journalistes jeunes victimes de censure. La presse d’initiative jeune apporte un regard critique, authentique et nécessaire sur le monde, nous demandons aux pouvoirs publics d’agir sans délai pour la protéger dans ce contexte répressif.

SOURCES – POUR EN SAVOIR PLUS

Conditions d’attribution de la carte de presse professionnelle : http://www.ccijp.net/article-10-conditions-d-attribution-de-la-carte-professionnelle.html

Loi du 10 avril 2019 “visant à renforcer et garantir le maintien de l’ordre public lors des manifestations” : https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do;jsessionid=D99C14BD4452C956688ABFB7988D6022.tplgfr35s_2?cidTexte=JORFTEXT000038358582&dateTexte=29990101

Article 431-9-1 du code pénal : https://www.legifrance.gouv.fr/affichCodeArticle.do;jsessionid=D99C14BD4452C956688ABFB7988D6022.tplgfr35s_2?cidTexte=LEGITEXT000006070719&idArticle=LEGIARTI000038382669&dateTexte=20190424&categorieLien=id#LEGIARTI000038382669

Charte des journalistes jeunes : http://www.jetsdencre.asso.fr/la-charte-des-journaliste-jeunes/