Actualités - 15 novembre 2016

« A 16 ans, on est largement capable d’exercer la responsabilité d’un journal »

L’article 15 de la loi égalité citoyenneté, encore en discussion au parlement, a introduit la possibilité à un mineur de 16 ans de devenir directeur de publication d’un journal jeune. Cette mesure, déjà présente dans les lycées grâce à la circulaire de 1991 sur le droit de publication lycéen, permet à des jeunes de prendre pleine possession de la publication de leurs journaux. En juin dernier, un journaliste lycéen nous expliquait comment il s’est emparé de ce droit en étant directeur de publication. Découvrez son témoignage, qui suggère que la conscience des responsabilités peut se faire avant d’avoir 18 ans.

 

 

A 17 ans, Martin était directeur de publication et rédacteur-en-chef du journal lycéen Le Génie Malin. Avec Jets d’encre, il revient sur son expérience de directeur de publication mineur.

 

 Comment as-tu été choisi pour être directeur de publication du journal ?

En début d’année, on regarde les volontaires parmi les membres du journal qui étaient déjà là l’an passé. Cette année, je me sentais capable d’assumer tout ce qu’on publiait dans le journal, et j’étais bien informé sur le droit et la déontologie de la presse, donc ça c’est fait naturellement. S’il y avait eu plusieurs candidats, on aurait fait un vote.

Quel est ton rôle au quotidien ?

Quand certains articles ou dessins font débat dans la construction d’un numéro, je sers un peu de ressource sur le droit, même si j’ai fait en sorte que d’autres membres de la rédaction apprennent des bases du droit de la presse. D’ailleurs j’ai souvent avec moi le guide de Jets d’encre sur le sujet pour m’aider.

Je suis la seule personne nommée dans le journal, puisque tous les autres rédacteurs écrivent sous pseudonyme. Du coup, je suis par exemple toujours impliqué dans les échanges avec l’administration, et je réfléchis aux tensions éventuelles que peuvent susciter le journal.

Es-tu le seul à exercer un contrôle sur le journal avant publication ?

On discute tout de même beaucoup en rédaction, et je suis souvent aidé par la co-rédactrice en chef du journal.

Par contre, on présente la maquette avant publication au proviseur du lycée. Il peut alors faire des retours, même si on garde le dernier mot.

Comment cette relecture est-elle vécue dans la rédaction ?

On ne se sent pas totalement libre : même s’il n’a aucun droit, on l’écoute quand même. On n’est pas contre le fait de montrer la maquette, mais on aimerait être un peu plus indépendants. Après, c’est le proviseur qui permet l’impression car on photocopie au lycée, donc il dispose toujours de moyens de pression. Il ne s’en sert pas, mais ça influe tout de même parfois implicitement sur ce qu’on s’autorise ou pas dans le journal.

On garde tout de même notre liberté. Par exemple, à la suite des attentats de novembre, un dessinateur voulait publier une caricature religieuse. Le proviseur était opposé au fait de la publier. Comme j’étais confiant sur le fait qu’on était dans notre droit, j’ai laissé passer un peu de temps : on n’a pas publié le dessin dans le numéro juste après les attentats, mais il est prévu dans le suivant.

Qu’est-ce que tu retires de ton expérience de directeur de publication ?

Je fais beaucoup plus attention à comment les articles sont écrits, ce qui pourrait causer polémique. Je fais en sorte de bien connaître nos droits pour éviter de mettre la rédaction en difficulté.

Le projet de loi « Égalité et citoyenneté » prévoit de permettre à tous les mineurs de plus de 16 ans d’être directeur de publication d’un journal, comme tu as pu le faire dans le cadre du lycée, qu’en penses-tu ?

Je trouve ça très positif. A 16 ans, on est largement capables d’assumer cette responsabilité ; ça n’a pas à dépendre de l’endroit où l’on publie. Je commence, avec quelques amis, à m’intéresser à la création d’un autre journal, en dehors du lycée, et on veut pouvoir choisir parmi nous le directeur de publication. On ne veut pas avoir à faire appel à quelqu’un d’extérieur au journal simplement parce qu’on est mineurs.

C’est également très important de faire un vrai travail d’information. Par exemple, je ne savais pas jusqu’à il y a peu que les mineurs ne pouvaient pas être directeurs de publication en dehors des lycées. Il faut connaître la loi pour mesurer précisément nos responsabilités.

 

Retrouvez le plaidoyer et l’infographie de Jets d’encre pour le droit de publication à 16 ans, partout et pour tous.

Vous avez une expérience vis-à-vis du droit de publication des mineurs à partager ? Contactez-nous !
contact@jetsdencre.asso.fr 

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